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L’école de la vie de Jean-Michel Blanquer


J’ai lu avec attention et grand intérêt « l’école de la vie » de Jean-Michel Blanquer. Il y a du Claparède dans çet homme ! Mais un Claparède qui aurait accepté de mettre les mains dans le cambouis. Certes, il ne vient pas de la psychologie expérimentale mais il partage avec ce grand pédagogue une foi indestructible dans l’Homme et dans sa capacité à affronter les défis du moment par la démarche scientifique. Il partage également la conviction que les pédagogues, les éducateurs, gagneraient à reconnaître la validité de l’expérimentation et du regard extérieur, critique mais bienveillant, sur leur pratique et leurs croyances. Et, rien que pour cela, il faut lire ce plaidoyer pour une école de notre temps.

Ce qui rend ce témoignage si utile, c’est le fait qu’il soit écrit par un homme qui a été aux plus hautes responsabilités techniques de l’institution. Deux fois Recteur, collaborateur de cabinet du Ministre, puis Directeur général de l’enseignement scolaire, il a été au cœur de la machine. Il s’est confronté aux espoirs, aux attentes et aux peurs des acteurs du monde éducatif.
De ma place d’observateur extérieur au système, je suis frappé par notre convergence de vues. Je n’ai pas son expérience de l’institution mais j’ai retrouvé tout ce en quoi je crois depuis des années.
Je me dis maintenant, grâce à lui, que ce système peut encore être sauvé de l’intérieur, mais que pour cela, il faudra la bonne volonté de tous, renoncer aux postures et aux jeux d’acteurs et prendre les problèmes à bras le corps.
Edouard Claparède proposait, il y a cent ans, de remettre l’enfant, ou plutôt l’enfance, au centre du système scolaire, ce que l’on a appelé la révolution copernicienne de l’éducation. Il ne parlait pas d’élève. Il affirmait que le jeu est le mode naturel d’apprentissage de l’enfant, que seul le besoin déclenche l’acte d’apprendre, que le maître devait changer de posture pour créer et entretenir celui-ci, que les avancées de la science de son temps permettaient d’individualiser l’enseignement. Il questionnait l’intelligence, l’évaluation, l’orientation. Il avait créé une école d’application à côté de son laboratoire de recherche psychopédagogique et de son école des sciences de l’éducation, l’Institut Jean-Jacques Rousseau.
Jean-Michel Blanquer, avec toute sa connaissance du « mammouth », dit la même chose et sa légitimité est encore plus grande pour notre temps.
Nous vivons un temps qui voit les enseignants, les parents, les élèves et toute la société insatisfaits du système scolaire. Nous vivons une révolution sociale et technologique, l’une étant le corollaire de l’autre.
Deux chemins s’offrent à nous qui pensons que l’éducation est, et doit rester, l’affaire de la République, la chose commune. Soit les acteurs du système acceptent d’envisager qu’il doit changer pour survivre et continuer à remplir sa mission, soit une offre alternative se créera, comme elle le fait déjà dans le supérieur et la formation professionnelle et elle finira par tuer l’école républicaine. Ne nous leurrons pas, même une administration de 850 000 personnes peut disparaître, ça prendra du temps, mais cela peut arriver. Dans d’autres pays, très proches et tout aussi démocratiques que le notre, l’enseignement privé est majoritaire.
Les ressources sont là, l’auteur les connaît, ce sont les milliers de profs et d’éducateurs qui innovent au quotidien, avec ou contre leur hiérarchie.
Il dit juste : écoutons ce qu’ils ont à dire. Redonnons leur le pouvoir d’agir à la place qu’ils occupent, pour leurs élèves et avec les parents.
Pouvons nous encore nous satisfaire longtemps d’un système qui « met au rebut » presque 20%, 1 enfant sur 5, de sa production tous les ans ? Ne pouvons nous pas lui faire faire ce saut qualitatif pour approcher des 100% d’efficacité ? Sans même parler du bonheur d’apprendre et d’enseigner.
Moi j’ai envie d’essayer, pas vous ?
Merci, monsieur Blanquer, de mettre votre tranquillité en jeu là où il n’y a que des coups à prendre, vous auriez pu vous contenter d’une belle reconversion dans le privé.

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3 commentaires

  1. cappuccio dit :

    J’aime beaucoup votre article. Je pense également que l’enfant devrait être au centre de nos préoccupations et que le professeur devrait être là précisément pour l’aider à révéler tout son potentiel. Le potentiel de chaque être humain est énorme à partir du moment où on lui laisse suffisamment de liberté pour s’y développer.

    • Merci pour votre encouragement. En effet, les recherches passées, Edouard Claparède et d’autres, et celles d’aujourd’hui confirment bien ce que vus dites du potentiel de chaque enfant. Tout le monde ne sera pas Einstein, mais tout le monde à ce qu’il faut pour arriver à quelque chose de satisfaisant pour lui.

  2. Evelyne Burlot dit :

    « Nous vivons un temps qui voit les enseignants, les parents, les élèves et toute la société insatisfaits du système scolaire. » :
    -Oui d’accord, mais attention, les raisons de cette insatisfaction sont très diverses et variées. De plus, si à mon sens, il est plutôt « sain » de critiquer négativement le fonctionnement d’une institution telle que l’ E.N., il est aussi nécessaire de s’interroger sur quelle école, quelle société nous souhaitons? Là aussi les raisons de vouloir autre chose que l’ E.N. sont très diverses.
    Pour certains, il y a grand intérêt à creuser l’écart entre les classes « pauvres » et les autres, pour maintenir leur pouvoir dans notre société, donc, intérêt à ce que se développe beaucoup de « privé cher », réservé à une « élite » en majorité. C’est dans la mouvance de « la casse des services publics » en général.
    En effet, beaucoup de parents sont insatisfaits du « système » actuel pour leurs enfants, mais interrogeons-nous et interrogeons-les pour comprendre pourquoi? Les raisons sont très diverses. Parfois, c’est parce que l’enfant n’est pas pris en compte dans son individualité, et ne progresse pas aussi vite que certains parents le souhaiteraient. Ils voudraient que leur enfant apprenne plus, ou qu’il ait des meilleures notes, pour avoir un bon travail plus tard. D’autres fois, c’est parce que l’enfant est trop puni. Etc…
    Dans certaines écoles privées où il n’y a pas de « devoirs » ni de notes, des parents en réclament!!!
    Ce que je constate, c’est que beaucoup pensent à l’avenir de leur propre enfant et n’envisage pas l’enfant dans « le vivre avec les autres » au présent. Pour une grande majorité, c’est une vision très ego-centrée, très nucléaire de la société qui perdure, même sous des airs de voeux de changement. Derrière les hauts cris pour l’innovation, se tiennent les gardes de la vieille « école », sur tous les plans…La vieille garde capitaliste a laissé fonctionné l’école publique tant qu’elle en avait intérêt et besoin, maintenant que ça lui coûte trop cher, depuis le grand banditisme bancaire qui coûte cher de remboursement à tout le monde, elle parle de « mammouth » et en appelle aux novateurs…
    Or, les innovations n’ont pas attendu cet appel pour exister, elles ont et continuent d’exister, et d’ailleurs, tout est mis en place pour les faire disparaître par tous les moyens, pour celles qui ne sont pas « rentables » au sens capitaliste. Celles qui font trop « société » par exemple, qui sont trop « sociales », où les gens de différents milieux se rencontrent et ça se passe plutôt bien. C’est drôle, elles ne sont jamais citées en exemples, complètement méconnues du grand public.
    Tant que l’on fera l’économie de cette question: « quelle vie on veut et dans quelle société on souhaite vivre », la question sur l’école restera stérile et sans lendemain, juste une vitrine pour « faire parler ». Ces 2 questions sont corollaires et on ne peut s’interroger sur l’une sans s’interroger sur l’autre….
    Veut-on un monde solidaire, où les gens sont libres de circuler et de résider où bon leur semble, avec, pour tous, inconditionnellement, une justice et une égalité des droits et de ses usages. Un monde avec des entreprises collégiales et coopératives sans actionnaires, sans « patrons », le respect de tous les êtres humains, où l’être humain acquerrait une connaissance de lui même, qu’est-ce qu’être humain et qu’est-ce que ça implique comme responsabilités individuelles et collectives, où les questions environnementales seront réfléchies ensemble? A quand la fin de la voiture polluante individuelle, des transports polluants, des pillages et des crimes commis contre l’humanité et son environnement pour de grands intérêts financiers et le maintien de leurs pouvoirs? A quand la fin des nuisances à la santé, avec la publicité pour l’alcool partout, qui fait des ravages chez les jeunes, les publicités pour l’accompagnement aux devoirs ou les cours privés en plus des journées d’école qui sont cause aussi d’épuisement des jeunes, de dégoût des apprentissages…Je rappelle qu’une loi interdit les devoirs, elle est bien peu appliquée. Quand les parents cesseront-ils de faire porter à leurs enfants leurs échecs passés et d’exiger des choses qu’ils seraient incapables d’exiger pour eux-mêmes?
    Quand refuseront-ils la pression que leur impose la société via les média?
    Pauvres enfants, on leur en fait porter des choses! On en exige des choses d’eux! On ne leur laisse pas ou plus le temps de désirer les choses, on les leur impose…
    Commençons par laisser les enfants vivre leur vie, par respecter vraiment leurs rythmes, et demandons leur quelle école ils veulent, car après tout, ils sont les 1ers concernés, non? Or, les adultes qui pensent toujours savoir mieux que les enfants parlent en leur nom et veulent des chose pour eux, mais eux que veulent-ils????
    Voilà des questions à se poser avant de philosopher sur l’innovation. Aller à la rencontre des enfants réels c’est un 1er pas…

    Alors arrêtons les hypocrisies et reconnaissons que nous ne parlons pas tous de la même chose quand nous parlons d’une autre école…
    Une école de 3è type, ça parle à qui?

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