Pourquoi ce blog ?

150 000 jeunes sortent tous les ans du système scolaire français sans qualification ni diplôme, soit entre 15 et 20 % d'une classe d'âge.
Quelle autre organisation pourrait se permettre un tel taux de rebut sans interroger et remettre en cause son organisation et ses méthodes ?
C'est un gâchis monstrueux pour ces jeunes, leur famille et la communauté nationale.
Des experimentations, certaines vieilles de plus de 100 ans , ont démontré que des méthodes et des organisations différentes pouvaient y remédier.
Pourquoi n'est-on toujours pas sorti de l'expérimentation pour déployer ces méthodes et les offrir au plus grand nombre ?
A quelles conditions pourrait-on le faire ?
C'est à cette question que j'ai décidé de consacrer un travail de recherche devant mener à la rédaction et à la soutenance d'une thèse de Doctorat en sciences de l'éducation.
Ce blog est un outil au service de ce projet.

Accompagner les apprentissages autonomes, un nouveau défi ?

De quoi parle-t-on ?

Apprentissages autonomes

Est dit autonome, tout apprentissage resultant de la volonté expresse de l’apprennant, quelque vecteur que cet apprentissage utilise.

C’est l’inverse de l’enseignement non-sollicité.

Un enfant qui apprend à compter par lui même en jouant aux cartes, un adolescent qui apprend à programmer, seul avec des manuels ou des tutoriels en ligne, ou bien à faire du skateboard avec ses pairs, un adulte qui apprend une langue nouvelle, y compris en participant à des cours pratiquent les apprentissagss autonomes.

Cela n’est donc pas une question d’âge ou de situation sociale, c’est la réponse à un besoin intrinsèque de l’indvidu. C’est ce qu’Edouard Claparède a démontré et expérimenté par “l’éducation fonctionnelle” et que Jean Piaget a nommé le déséquilibre cognitif.

Le sentiment du besoin est le premier (seul ?) déclencheur d’apprentissage. Ce besoin peut-être trivial – communiquer, se déplacer, apprendre à cuire des pates – ou spirituel – obtenir des réponses à des questions existentielles, le cerveau ne se mobilise pas en son absence. Claparède écrivait que l’intelligence ne se mobilise que pour répondre à une situation nouvelle, pour laquelle les automatismes sont insuffisants.

Apprentissages informels

Est dit informel, tout apprentissage ne resultant pas d’un enseignement délivré par une institution – scolaire, éducative, professionnelle, … .

Nous pouvons nous interroger sur la proportion de ces apprentissages dans nos activités quotidiennes en regard de ce qui nous a été enseigné dans l’institution scolaire. La majeure partie de ce que nous savons provient de nos apprentissages informels.

Enseignement non-sollicité

Il n’y a pas qu’à l’école que nous sommes exposés à des injonctions d’apprentissage non-sollicitées. John Holt l’explique dans “Les apprentissages autonome, comment les enfants apprennent sans être enseignés”, l’humain est un être “enseignant” par nature. Son reflexe, quand il répond à une question, est d’expliquer, enseigner. La grande difficulté est d’adapter la réponse à l’attente réelle, et non supposée, de la personne qui pose la question.

Quel parent ne s’est jamais vexé du peu d’attention que son enfant portait à une réponse trop longue au goût de celui-ci ? Une personne qui pose une question, adulte ou enfant, la pose pour obtenir une réponse immédiate à un problème immédiat. Un développement trop long va, même s’il est bienveillant et fait semblant d’être attentif, l’indisposer très rapidement.

Que dire de l’efficacité réelle de l’enseignement à des enfants, captifs et n’ayant pas voix au chapitre, dans les établissements scolaires ?

Enseigner, guider ou accompagner les apprentissages ?

Une inversion de paradigme

Nous l’avons vu plus haut, enseigner est une tentative pour provoquer l’apprentissage sans tenir compte de la motivation intrinsèque de l’élève et de son besoin réel. C’est exposer un savoir, du point de vue du “sachant” à des “apprenants” dont la fonction – le “métier” – est de les apprendre. En milieu scolaire, le but principal de cet “apprentissage” est d’amener une population à un niveau de connaissance moyen facilement évaluable.

Les chiffres de l’éducation nationale montrent que seuls 50% des éléves des réseaux d’éducation prioritaire – contre 80% des autres – maitrisent en fin de troisième les competences 1 et 3 – Français et Sciences – du socle commun. Facteur aggravant : ce pourcentage baisse de moitié pour tous quand ils ont redoublé au moins une classe.

Guider les apprentissages est une tentative  pour mener les “apprenants” sur un chemin qu’ils n’ont pas choisi mais qui est celui voulu par l’institution. Claparède, comme co-fondateur de “l’éducation nouvelle” au début du 20ème siècle, écrivait que la question n’était pas “que l’enfant fasse ce qu’il veut, mais qu’il veuille ce qu’il fait”.

C’est le compromis auquel se sont ralliés presque tous les fondateurs et adeptes de l’éducation nouvelle, Decroly, Montessori, Freinet, ….. Ils ne remettent pas en cause, en ce début de siècle, dans un monde en mutation où la science et le progrès sont portés au pinacle et où les idéologies tiennent une si grande place, la nécessité d’instruire tous les enfants de manière identique. S’ils divergent sur les méthodes d’enseignement en promouvant les méthodes actives, des outils différents, et si, comme Claparède, ils veulent mettre l’enfant au centre, à aucun moment ils ne remettent en cause le modèle basé sur un cursus commun à vocation généraliste, écrit par des adultes – sachants – pour des enfants – ignorants.

Finalement le mouvement de l’éducation nouvelle s’est bien coulé dans ce modèle paternaliste, même s’il se voulait bienveillant. Ceci pourrait expliquer que l’Institution scolaire en ait eu si peu peur et qu’elle se suffise d’autoriser ça et là des “experimentations”.

A la marge, A S Neill, fondateur de l’école de Summerhill en 1921, s’est rapproché du modèle qui nous interesse. Il a créé une école démocratique, où la voix d’un enfant vaut celle d’un adulte. Où des cours sont offerts à celles et ceux qui veulent les suivre, sans aucune obligation de participation ; mais il est resté dans le cadre “enseignant/enseigné”.

Accompagner les apprentissages autonomes, c’est faire une confiance totale et inconditionnelle à la vie et à l’enfant. Comme dit Jean-Pierre Lepri, qu’il soit Inuit, Pygmée, Papou ou Européen des villes, tout être vivant apprend de son environnement. S’il le voulait, il serait incapable de ne pas apprendre. Decroly avait pressenti celà avec sa théorie de “interêts” mais sans oser pousser le raisonnement à son extrême.

Claparède dit que l’enfant n’est pas un adulte incomplet mais un être adapté à son environnement et au moment présent de son évolution, comme un tétard n’est pas une grenouille incomplète. Il est curieux, inventif, enthousiaste, c’est une “machine à apprendre” qu’on ne peut que perturber en essayant de la forcer. Le nouveau paradigme est, à notre sens, celui-ci.

Nous ne devons plus rien organiser “pour”, mais accompagner les demandes sans les provoquer. Ceci nous demande, à nous les adultes , une capacité d’attention, d’observation, de reflexion oubliée par beaucoup et qu’il nous faut réapprendre.

A ce prix seulement les enfants retrouveront leur goût inné pour l’apprentissage et l’expérimentation.

Des écoles et des familles pratiquant ainsi montrent au quotidien, et depuis longtemps, les réussites de cette approche.

La question est donc, encore et toujours, politique. Que souhaitons nous collectivement pour nos enfants qui leur permette de créer la société dans laquelle ils vivront ?

Les talents sont divers, s’il est indispensable que chacun ait les mêmes chance de réussite et d’accomplissement, est-il indispensable que tout le monde ait la même culture ?

Votre éducation, vous la préférez au menu ou à la carte  ?

Lettre à Madame la Ministre à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo

La Riche, le 8 janvier 2015

Madame la Ministre,

Vous avez écrit ce jour aux enseignants à la suite de l’attentat contre le Journal Charlie hebdo et vous avez bien fait.

Il est important que l’éducation soit remise au centre de la République, plus encore aujourd’hui après le drame absurde que viennent de subir les victimes, leurs familles et leurs amis. Des citoyens français ont été assassinés dans l’exercice de leur fonction parce qu’ils représentaient la liberté de penser et les institutions républicaines. C’est une blessure qui nous atteint toutes et tous par ricochet. (suite…)

L’école de la vie de Jean-Michel Blanquer

J’ai lu avec attention et grand intérêt « l’école de la vie » de Jean-Michel Blanquer. Il y a du Claparède dans çet homme ! Mais un Claparède qui aurait accepté de mettre les mains dans le cambouis. Certes, il ne vient pas de la psychologie expérimentale mais il partage avec ce grand pédagogue une foi indestructible dans l’Homme et dans sa capacité à affronter les défis du moment par la démarche scientifique. Il partage également la conviction que les pédagogues, les éducateurs, gagneraient à reconnaître la validité de l’expérimentation et du regard extérieur, critique mais bienveillant, sur leur pratique et leurs croyances. Et, rien que pour cela, il faut lire ce plaidoyer pour une école de notre temps. (suite…)

Edouard Claparède et l’évaluation

Les notes ont-elles une valeur pédotechniques ?

Les notes ont-elles une valeur pédotechniques ?

Pour Claparède[1] le scientifique, le terme évaluation a un sens particulier. Le psychologue expérimental mesure, pèse, confronte, compare, analyse.

Pour l’enseignant, l’évaluation se réduit souvent à la note. Or, la carte n’est pas le territoire. La représentation n’est pas le phénomène. Le débat que nous vivons actuellement en France, récurent depuis que l’école existe, est aussi biaisé par cette confusion.

Claparède traite de la question dans un article, paru à Genève, des archives de psychologie de décembre 1912 :

«Il n’y a guère d’école ou d’institution où le travail et la conduite des élèves ne soient appréciés par une série de notes périodiques, qui se donnent en général par chiffres, oscillant entre un maximum (par exemple 6), représentant le perfection et zéro, qui signifie le néant, les valeurs intermédiaires correspondant aux divers degrés de la qualité du travail ou de zèle : bien, assez bien, médiocre, mal, très mal.

Ces notes jouent, dans la vie de l’écolier, un rôle considérable. Ce sont elles qui vont établir le bilan de son activité quotidienne, de ses progrès mensuels, annuels. Elles constituent pour lui un dossier qui va l’accompagner jusqu’au seuil de l’âge adulte, et d’après lequel il sera jugé par sa famille, par ses camarades. Elles sont donc un facteur capital dont il convient que l’éducateur examine soigneusement les effets. (suite…)

Sugata Mitra et les Environnements d’Apprentissage Auto-Organisés

Sugata Mitra

Le chercheur indien Sugata Mitra poursuit, depuis 1999, des recherches sur la capacité qu’ont les enfants à s’auto-former, individuellement ou collectivement. Ses premiers essais dénommés « Un trou dans le mur » l’ont fait installer des ordinateurs en libre accès pour les enfants d’un bidonville de New-Delhi, en 1999, puis à Hyderabad, en 2002, et à Kallipukam, en 2007.

Il était, au début de ses expériences, formateur en programmation informatique et, à force d’entendre ses amis dire que leurs enfants étaient doués, il a eu envie de voir si seuls les enfants de la bourgeoisie l’étaient. C’est alors qu’il a eu l’idée d’installer un ordinateur paramètré en anglais avec des jeux et des logiciels éducatifs en libre accès aux enfants du bidonville voisin. Il baptise cette expérience « The hole in the wall ».

(suite…)

Edouard Claparède et les Sciences de l’éducation

Edouard Claparède (1873 – 1940) est un Médecin et psychologue genevois, contemporain des médecins-pédagogues Maria Montessori et Ovide Decroly, avec qui il participe à la création du mouvement de « l’éducation nouvelle », en animant avec passion les congrès dans le monde entier.

Claparede-dessinIl est ami du grand psychologue français Alfred Binet, initiateur des tests psychotechniques.

Il est aussi le premier à avoir publié Sigmund Freud, Maria Montessori, Baden-Powell, le fondateur du scoutisme, et John Dewey, philosophe et pédagogue américain, en français.

Ayant remarqué la qualité de son travail, il recrute en 1921 le jeune Jean Piaget, alors âgé de 25 ans, qui prendra 10 ans plus tard sa suite à la tête de l’Institut Jean-Jacques Rousseau, qu’il a créé en 1912, et du Bureau International de l’Education.

Toute sa vie il mène de front ses consultations de médecine, de psychothérapie, ses recherches en psychologie et la promotion de ses convictions humanistes et chrétiennes.

Il jouit de son vivant d’une notoriété internationale dans le monde de la psychologie et de la pédagogie. Un de ses ouvrages, « Psychologie de l’enfant et pédagogie expérimentale » connaît  11 éditions, traduites en 9 langues, entre 1905 et 1926, à chaque fois réactualisées et complétées par l’auteur. Grand épistolier, il totalise 2 000 correspondants professionnels.

(suite…)

Une rentrée main dans la main

J’ai même lu des profs heureux de rentrer 🙂

Blog d'Adrien Guinemer

HinHJYG Hand in Hand par JYG d’après une œuvre originale de Tomi Ungerer.

Oui, je vous entend déjà, un article sur la rentrée un 4 septembre, il exagère. Tellement facile.

Oui, mais ! Il y a un « mais ». Cette rentrée était particulière et ceci à plusieurs égards. Ainsi, je me dois de vous la partager.

Sachez que je viens de rejoindre mon nouveau poste au Lycée franco-allemand de Sarrebruck qui dépend pour sa partie française de l’AEFE et pour sa partie allemande du Land de Sarre. Je suis donc détaché du ministère de l’éducation nationale. Mon enseignement se fait désormais exclusivement en français, l’enseignement en allemand étant assuré par des locaux.

C’était donc une rentrée franco-allemande, allemande en partie pour ce qui nous intéresse ici, et ma première rentrée en pays germain. Tout a commencé ce lundi par une rentrée des profs. Une rentrée des profs avec deux proviseurs, si…

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