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Accompagner les apprentissages autonomes, un nouveau défi ?

De quoi parle-t-on ?

Apprentissages autonomes

Est dit autonome, tout apprentissage resultant de la volonté expresse de l’apprennant, quelque vecteur que cet apprentissage utilise.

C’est l’inverse de l’enseignement non-sollicité.

Un enfant qui apprend à compter par lui même en jouant aux cartes, un adolescent qui apprend à programmer, seul avec des manuels ou des tutoriels en ligne, ou bien à faire du skateboard avec ses pairs, un adulte qui apprend une langue nouvelle, y compris en participant à des cours pratiquent les apprentissagss autonomes.

Cela n’est donc pas une question d’âge ou de situation sociale, c’est la réponse à un besoin intrinsèque de l’indvidu. C’est ce qu’Edouard Claparède a démontré et expérimenté par “l’éducation fonctionnelle” et que Jean Piaget a nommé le déséquilibre cognitif.

Le sentiment du besoin est le premier (seul ?) déclencheur d’apprentissage. Ce besoin peut-être trivial – communiquer, se déplacer, apprendre à cuire des pates – ou spirituel – obtenir des réponses à des questions existentielles, le cerveau ne se mobilise pas en son absence. Claparède écrivait que l’intelligence ne se mobilise que pour répondre à une situation nouvelle, pour laquelle les automatismes sont insuffisants.

Apprentissages informels

Est dit informel, tout apprentissage ne resultant pas d’un enseignement délivré par une institution – scolaire, éducative, professionnelle, … .

Nous pouvons nous interroger sur la proportion de ces apprentissages dans nos activités quotidiennes en regard de ce qui nous a été enseigné dans l’institution scolaire. La majeure partie de ce que nous savons provient de nos apprentissages informels.

Enseignement non-sollicité

Il n’y a pas qu’à l’école que nous sommes exposés à des injonctions d’apprentissage non-sollicitées. John Holt l’explique dans “Les apprentissages autonome, comment les enfants apprennent sans être enseignés”, l’humain est un être “enseignant” par nature. Son reflexe, quand il répond à une question, est d’expliquer, enseigner. La grande difficulté est d’adapter la réponse à l’attente réelle, et non supposée, de la personne qui pose la question.

Quel parent ne s’est jamais vexé du peu d’attention que son enfant portait à une réponse trop longue au goût de celui-ci ? Une personne qui pose une question, adulte ou enfant, la pose pour obtenir une réponse immédiate à un problème immédiat. Un développement trop long va, même s’il est bienveillant et fait semblant d’être attentif, l’indisposer très rapidement.

Que dire de l’efficacité réelle de l’enseignement à des enfants, captifs et n’ayant pas voix au chapitre, dans les établissements scolaires ?

Enseigner, guider ou accompagner les apprentissages ?

Une inversion de paradigme

Nous l’avons vu plus haut, enseigner est une tentative pour provoquer l’apprentissage sans tenir compte de la motivation intrinsèque de l’élève et de son besoin réel. C’est exposer un savoir, du point de vue du “sachant” à des “apprenants” dont la fonction – le “métier” – est de les apprendre. En milieu scolaire, le but principal de cet “apprentissage” est d’amener une population à un niveau de connaissance moyen facilement évaluable.

Les chiffres de l’éducation nationale montrent que seuls 50% des éléves des réseaux d’éducation prioritaire – contre 80% des autres – maitrisent en fin de troisième les competences 1 et 3 – Français et Sciences – du socle commun. Facteur aggravant : ce pourcentage baisse de moitié pour tous quand ils ont redoublé au moins une classe.

Guider les apprentissages est une tentative  pour mener les “apprenants” sur un chemin qu’ils n’ont pas choisi mais qui est celui voulu par l’institution. Claparède, comme co-fondateur de “l’éducation nouvelle” au début du 20ème siècle, écrivait que la question n’était pas “que l’enfant fasse ce qu’il veut, mais qu’il veuille ce qu’il fait”.

C’est le compromis auquel se sont ralliés presque tous les fondateurs et adeptes de l’éducation nouvelle, Decroly, Montessori, Freinet, ….. Ils ne remettent pas en cause, en ce début de siècle, dans un monde en mutation où la science et le progrès sont portés au pinacle et où les idéologies tiennent une si grande place, la nécessité d’instruire tous les enfants de manière identique. S’ils divergent sur les méthodes d’enseignement en promouvant les méthodes actives, des outils différents, et si, comme Claparède, ils veulent mettre l’enfant au centre, à aucun moment ils ne remettent en cause le modèle basé sur un cursus commun à vocation généraliste, écrit par des adultes – sachants – pour des enfants – ignorants.

Finalement le mouvement de l’éducation nouvelle s’est bien coulé dans ce modèle paternaliste, même s’il se voulait bienveillant. Ceci pourrait expliquer que l’Institution scolaire en ait eu si peu peur et qu’elle se suffise d’autoriser ça et là des “experimentations”.

A la marge, A S Neill, fondateur de l’école de Summerhill en 1921, s’est rapproché du modèle qui nous interesse. Il a créé une école démocratique, où la voix d’un enfant vaut celle d’un adulte. Où des cours sont offerts à celles et ceux qui veulent les suivre, sans aucune obligation de participation ; mais il est resté dans le cadre “enseignant/enseigné”.

Accompagner les apprentissages autonomes, c’est faire une confiance totale et inconditionnelle à la vie et à l’enfant. Comme dit Jean-Pierre Lepri, qu’il soit Inuit, Pygmée, Papou ou Européen des villes, tout être vivant apprend de son environnement. S’il le voulait, il serait incapable de ne pas apprendre. Decroly avait pressenti celà avec sa théorie de “interêts” mais sans oser pousser le raisonnement à son extrême.

Claparède dit que l’enfant n’est pas un adulte incomplet mais un être adapté à son environnement et au moment présent de son évolution, comme un tétard n’est pas une grenouille incomplète. Il est curieux, inventif, enthousiaste, c’est une “machine à apprendre” qu’on ne peut que perturber en essayant de la forcer. Le nouveau paradigme est, à notre sens, celui-ci.

Nous ne devons plus rien organiser “pour”, mais accompagner les demandes sans les provoquer. Ceci nous demande, à nous les adultes , une capacité d’attention, d’observation, de reflexion oubliée par beaucoup et qu’il nous faut réapprendre.

A ce prix seulement les enfants retrouveront leur goût inné pour l’apprentissage et l’expérimentation.

Des écoles et des familles pratiquant ainsi montrent au quotidien, et depuis longtemps, les réussites de cette approche.

La question est donc, encore et toujours, politique. Que souhaitons nous collectivement pour nos enfants qui leur permette de créer la société dans laquelle ils vivront ?

Les talents sont divers, s’il est indispensable que chacun ait les mêmes chance de réussite et d’accomplissement, est-il indispensable que tout le monde ait la même culture ?

Votre éducation, vous la préférez au menu ou à la carte  ?

L’école baisse dans les priorités du Président.

Extrait des vœux du Président de la République :
« Enfin, la Nation doit se mobiliser autour de son école, qui doit conjuguer l’excellence dans l’accès au savoir et l’exigence dans la lutte contre les inégalités. »

Mais l’école n’est plus une des priorités de la Présidence.
Il est vrai que la lutte contre le chômage est la priorité numéro une à court terme, mais à moyen terme l’intégration des jeunes est fonction de leur niveau de qualification.
Ne l’oubliez pas Monsieur le Président.

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